vendredi, novembre 11, 2016

Les fausses promesses du bio


L'agriculture biologique serait aujourd'hui le modèle idéal de l'agriculture. Une idée reçue ?

par Gil Rivière-Wekstein
Après avoir été considéré pendant des décennies comme marginale et sans intérêt, l’agriculture biologique (AB) serait aujourd’hui le modèle idéal d’agriculture. Il est vrai qu’à force d’entendre les abondantes critiques à l’égard de l’agriculture conventionnelle, notamment au sujet des pesticides, on serait enclin à plébisciter ce type d’agriculture, censé être plus propre pour l’environnement et proposer des produits de meilleure qualité sanitaire.

Santé, environnement : les fausses croyances du bio

Cependant, la réalité n’est pas aussi évidente que le suggère l’essentiel de la communication officielle autour du bio.

Premièrement, sur le terrain, les faits ne confirment pas que l’AB serait la meilleure pratique agricole pour l’environnement. Certes, si l’on prend pour mesure la quantité d’herbicides déversés sur un hectare, l’AB est incontestablement plus « propre » que toute autre forme d’agriculture. Mais l’environnement ne se borne pas à ce seul indice. Ainsi, si l’on prend pour critère une même quantité de production, l’agriculture conventionnelle est plus favorable à la biodiversité que l’AB. En effet, mieux veut cultiver 100 hectares de blé à 70 q/ha et garder 100 hectares de forêts, plutôt que consacrer 200 hectares en bio avec un rendement de 35 q/ha. Le livre collectif Agriculture biologique et environnement (Educagri, 2011) donne d’autres exemples éclairants. « En élevage, lorsque les émissions de gaz à effet de serre sont ramenées au kilo produit, la moindre intensification (croissance des animaux plus lente) peut entraîner des résultats défavorables à l’AB dans la mesure où les animaux consomment plus d’aliments, produits de déchets et ont une durée d’engraissement plus longue qu’en agriculture conventionnelle », peut-on y lire.

Deuxièmement, alors que plus de 90 % des consommateurs bio achètent bio pour préserver leur santé, là aussi, les faits démentent leur croyance : il n’y a aucune différence pour la santé entre l’alimentation produite par l’Agriculture conventionnelle et celle produite par l’agriculture biologique. La présence de résidus de pesticides – pesticides d’ailleurs également utilisés en bio, comme la roténone, les pyrèthres, le cuivre, etc. ! – n’y change absolument rien. L’espérance de vie des Français, qui ne cesse d’augmenter depuis un siècle, témoigne de l’excellente qualité sanitaire du contenu de notre assiette.

Aux racines idéologiques du bio

Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi ces « fausses promesses du bio » ont tant de poids dans l’opinion publique aujourd’hui. C'est ce que je me suis efforcé de faire dans mon dernier ouvrage en revenant sur les racines idéologiques du projet de société qui accompagne l’agriculture biologique depuis ses origines. Porté dans les années 1950 et 1960 par la droite poujadiste et réactionnaire, il est devenu à partir des années soixante-dix celui d’une gauche qui se veut progressiste.

Curieusement, ce projet de société est resté pour l’essentiel identique à celui de ses origines, c’est-à-dire à celui que défendaient déjà dans les années 1930 et 1940 les adeptes de « la terre qui ne ment pas »… Comme l’a confirmé Pierre Bergé, le vieux complice de François Mitterrand, sur Europe 1, « l’agriculture biologique, ça vient de Pétain, du retour à la terre. La théorie du bio, c’est une théorie de réac ». Il n’a pas tout à fait tort…
Gil Rivière-Wekstein est le fondateur de la revue mensuelle Agriculture et Environnement. Spécialiste des questions agricoles et environnementales, il est l'auteur de Bio : fausses promesses et vrai marketing (Le Publieur, 2011).

Plus: Sur le bio.
L'agriculture bio est-elle vraiment plus vertueuse ?

4 commentaires:

  1. Sauf qu'il faudrait nous expliquer - et nous PROUVER - que l'agriculture totalement biologique peut nourrir près de 8 milliards d'individus. L'enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Par ailleurs, si l'on parle de "biologique" à la manière italienne ou espagnole, c'est autre histoire, car comme empoisonneurs certains de leurs producteurs savent bien y faire.

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  2. Extrait de Wikipedia à propos de la revue de cet auteur et lobbyiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_%26_Environnement
    Critiques :

    Marie-Christine Blandin, sénatrice Europe Écologie Les Verts, affirme qu'Agriculture et environnement « attaque violemment ceux qui mettent en doute l’agriculture intensive et évoquent le réchauffement climatique. On y trouve des calomnies, des diffamations sur le professeur Belpomme, Greenpeace, Nicolas Hulot, le WWF ou l’association Kokopelli. Souvent des attaques sordides. Avec un ton presque militant »9.

    Le journaliste Stéphane Foucart considère ainsi que « le site Web à l'origine des attaques lancées contre M. Séralini n'est pas anodin. Il est bien connu des chercheurs dont les travaux mettent en cause la sécurité des produits commercialisés par l'industrie agrochimique (OGM, pesticides, etc.). Notamment, des scientifiques travaillant sur les risques des pesticides pour les abeilles y sont systématiquement mis en cause, quand bien même leurs travaux ne sont pas controversés »2. Les cibles récurrentes du site sont par exemple le professeur Gilles-Eric Séralini, Christian Vélot et Angelica Hilbeck, tous trois responsables du CRIIGEN10, ou encore le professeur Dominique Belpomme dont l’engagement pour la cause écologiste est également affiché11.

    Pour Jacques Testart, Gil Rivère-Wekstein est « un lobbyiste authentique rémunéré par l’industrie pour contre-attaquer systématiquement toute critique de l’agriculture productiviste »12.

    Dans un article du 22 juin 200613, Gil Rivière-Wekstein prétend que Jean-Marc Bonmatin, chargé de recherches au CNRS et spécialiste des neurotoxiques chez les insectes, n'est pas docteur alors que celui-ci dispose d'un doctorat en sciences. Le 6 mars 2007, Gil Rivière-Wekstein est condamné par la Chambre correctionnelle d'Orléans à 750 euros d'amende et 2 500 euros de dommages et intérêts pour diffamation publique envers un fonctionnaire public13. La peine est confirmée en appel le 19 mai 2009 par la Chambre correctionnelle de la Cour d’Appel d’Angers13.

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  3. Autres infos concernant ce personnage : http://www.naturavox.fr/biodiversite/Le-lobby-des-pesticides-pris-en-flagrant-delire - il est dommage de donner du grain à moudre aux détracteurs ! Dans chacun des domaines de la science, nombre de spécialistes sont prêts à renier la probité scientifique pour trouver de généreux financements, tant qu'ils n'hésitent pas à discréditer leurs collègues intègres !

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