lundi, octobre 31, 2022

Les Français font plus confiance à leur supermarché qu’à l’État.

lefigaro.fr par Jean-Pierre Robin

ANALYSE - La grande distribution est devenue une véritable puissance politique.
À chaque crise son slogan mobilisateur. Au lendemain des attentats terroristes de 2015, le gouvernement avait lancé une campagne nationale, «Tous unis contre la haine». Au moment de la pandémie de 2020, «TousAntiCovid» fut le nouveau mot d’ordre. Alors que nous sommes confrontés à la marée montante de l’inflation, il eût été naturel de proclamer «Tous unis contre la vie chère». Mais l’expression était prise par le groupe de distribution Intermarché. Les pouvoirs publics ont dû se rabattre sur une formule de remplacement: «Contre la hausse des prix, l’État agit». Tel est le leitmotiv qui accompagne toute nouvelle mesure d’aide aux Français, comme les chèques énergie.

Leurs slogans et les méthodes pour s’adresser à l’opinion publique convergent. L’État et la grande distribution se copient. À l’automne 2021, le gouvernement Castex décide d’instaurer à compter du 1er novembre «un bouclier tarifaire» sur le gaz. Au même moment, Carrefour annonce qu’il bloque les prix de 300 produits «du quotidien» de sa marque de distributeur. On ne lésine pas sur la publicité comparative. «Pour augmenter votre pouvoir d’achat, il faut d’abord savoir qui est le moins cher!», clame actuellement une campagne du groupe E.Leclerc. «Le taux d’inflation atteint 6% à 6,5% en France, contre parfois 10% chez nos voisins européens», se glorifie le 26 octobre Emmanuel Macron lors de son entretien télévisé sur France 2.

Le retour de l’inflation «place de nouveau la grande distribution sur son terrain de jeu favori: la défense du pouvoir d’achat», observent Jérôme Fourquet et Raphaël Llorca dans une étude de la Fondation Jean Jaurès La société de supermarché. Rôle et place de la grande distribution dans la France contemporaine»).Un rôle de plus en plus politique. «Nous allons construire un rempart face à l’inflation» affirmait, tel un ministre d’État, Michel-Édouard Leclerc, le dirigeant du groupe E.Leclerc, sur BFMTV, le 27 avril dernier. «Vous n’êtes plus seulement Carrefour, vous êtes le service public de l’alimentation», avait écrit le 22 mars 2020, au début du premier confinement, dans une lettre à ses salariés Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour. Et un peu plus tard, Michel-Édouard Leclerc, de tous les patrons stars celui qui fait le plus de bruit dans le Landerneau, avait dépeint la caissière de supermarché «en nouvelle Marianne, sorte de mère nourricière permettant aux millions de Français ne disposant pas d’un potager de pouvoir s’alimenter».

Alors que le blocage des prix est populaire dans l’opinion publique, mais divise les politiques, les supermarchés en font un instrument de marketing

Les crises - sanitaire, géopolitique et maintenant économique - leur sont propices. Les grandes enseignes tendent à devenir «un acteur qui joue aujourd’hui à l’échelle de l’État», estiment Jérôme Fourquet et Raphaël Llorca. Cela tient à leur poids gigantesque, en chiffre d’affaires et en emplois créés (660.000). Les six premières enseignes (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan, Système U, Géant Casino), concentrent 85% des ventes du secteur et sont les plus gros employeurs privés du pays (70.000 à 150.000 chacun). Les fleurons industriels (Airbus, Renault, TotalEnergies) sont enfoncés. Leur fonction locale est vitale. Les 10.000 supermarchés et 2000 hypermarchés (sans compter les enseignes de hard discount Lidl, Aldi), maillent le territoire. «Dans bon nombre de villes petites et moyennes où l’industrie a périclité, la grande surface est souvent désormais, avec l’hôpital public, le premier employeur du bassin d’emploi. Sur le plan local comme national, la grande distribution joue dans la même division que l’État», conclut l’étude de la Fondation Jean Jaurès.

Cette omniprésence quotidienne (70% des achats alimentaires des Français se font en super ou hypermarchés) nourrit la confiance. «Ces groupes ont acquis un poids et un rôle majeurs, et il arrive, notamment dans des contextes particuliers, que ce soit vers ces acteurs privés que les Français se tournent», notent Fourquet et Llorca. En mai 2020, au plus fort d’une récession économique phénoménale due au confinement, un sondage de l’Ifop montrait que seulement 35% des Français faisaient confiance au gouvernement alors que la grande distribution en rassemblait 55%.

Fortes de leur logistique (le b. a.-ba du métier) et d’une présence exceptionnelle à l’étranger (40% de leur chiffre d’affaires), les grandes enseignes sont aptes à gérer les pénuries, celles des masques et des autotests. «Ce qui est incompréhensible, déplorait, en mai 2020, Damien Abad, alors député LR, c’est que Carrefour et Leclerc sont plus puissants que l’État: ils ont la capacité de faire des commandes massives.»

Surfer sur l’actualité

Leur réactivité est sans faille. Le cours du blé s’emballe? Leclerc abaisse le prix de la baguette de pain à 29 centimes d’euro (janvier 2022), avec ce clin d’œil, «il y a des symboles qu’il faut défendre coûte que coûte» . Intermarché et Casino bloquent périodiquement les prix des carburants. Tout est bon pour surfer sur l’actualité. Alors que le blocage des prix est populaire dans l’opinion publique, mais divise les politiques, les supermarchés en font un instrument de marketing: «Je choisis des produits qui sont des marqueurs. La baguette en est un, le carburant et les masques en sont d’autres», expliquait au Figaro Michel-Édouard Leclerc). Quand Macron et son ministre de l’Économie, Le Maire, veulent «protéger» les Français (leur mot fétiche), les grandes enseignes s’efforcent de les «rassurer» par un carrousel d’opérations promotionnelles concrètes.

Avec des résultats mitigés? «En septembre 2022, les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution augmentent de 8,9% sur un an», calcule l’Insee. C’est plus que le taux d’inflation en France (6,2% sur un an), mais moins que la hausse des prix de l’alimentation dans le pays (11,8%). La politique c’est aussi une bataille de chiffres!

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ils peuvent tous nous vendre de l’eau potable en bouteille . Donc au diable le petit probleme du ntarrissement de la Siagnole , aucun importance .On a les grandes surfaces .

Anonyme a dit…

Mais c’est sur , lechegnignou .
Pas important la Siagnole .(puis sa pollue l’image de Narcisse ) Parlons des grandes surfaces et de leurs actionnaires , c’est plus propre .