Par Pierre Ratcliffe, Ancien animateur du blog pays de Fayence (2005-2023), Ingénieur des Mines et Consultant International.
De retour, par la force des événements et la fidélité de mes contacts locaux, sur les dossiers environnementaux de notre cher Pays de Fayence, je ne peux rester silencieux face au calvaire quotidien que subissent les riverains situés à l’ouest de la station du Jas de la Maure à Tourrettes. Invasions de mouches, odeurs putrides exacerbées par les canicules de cet été, craintes légitimes de pollution des sols et des cours d'eau par les lixiviats... La situation est devenue intenable.
Pourtant, un alignement de planètes technique, politique et juridique sans précédent offre aujourd'hui aux citoyens les armes pour faire plier l'exploitant. L'analyse technique du dossier montre que la fatalité n'a pas sa place ici.
Unanimité politique : L'union sacrée des élus
C'est un fait politique rare et puissant : l'ensemble des élus locaux fait bloc derrière les habitants. Le maire de Tourrettes a adressé le 3 juillet 2026 une longue lettre de saisine au Préfet du Var, solidement étayée de pièces jointes, exigeant des mesures immédiates. Dans la foulée, le conseil communautaire du Pays de Fayence, unissant ses 9 communes, a voté à l’unanimité une motion historique contre les nuisances du site. La SAUR est désormais politiquement isolée.
Responsabilité historique : Le double jeu de la SAUR
Il convient de rétablir une vérité capitale sur la genèse de ce désastre environnemental. À l'origine, l'entreprise locale de Roland Taxil, Fayence Assainissement, se cantonnait strictement à une activité de vidange et de lagunage des eaux de fosses septiques. Elle ne pratiquait aucun traitement de boues de stations d'épuration.
C’est le groupe SAUR qui, bien avant la disparition de la structure de Roland Taxil, est venu démarcher ce dernier pour lui proposer d'installer une plateforme de compostage industrielle. Cette activité a été implantée sur un terrain d'environ 1 hectare, situé immédiatement à l'ouest des lagunes historiques. Conçue pour centraliser les boues de 10 stations d'épuration du secteur, la SAUR est donc le concepteur, l'initiateur et le bénéficiaire direct de cette exploitation contestée.
Le 31 décembre 2025, la boucle s'est bouclée : la société Fayence Assainissement a été officiellement dissoute et radiée par suite d'une Transmission Universelle du Patrimoine (TUP) au profit exclusif de son actionnaire unique, la SAUR (RCS Nanterre 339 379 984). En absorbant juridiquement l'entité locale, la SAUR se retrouve aujourd'hui seule en première ligne, pleinement responsable du passif, de la gestion actuelle et des mises aux normes financières imposées par l'État.
L’œil de l'ingénieur : Pourquoi le procédé imposé par la SAUR est archaïque
En tant qu'ingénieur des mines, j'ai jadis mené une enquête technique approfondie sur le centre de compostage d'Ensuès-la-Redonne (13), qui traite le même type de flux de matières organiques. À Ensuès, le mélange initial respecte une proportion stricte (2,5 volumes de broyat et d'écorce de pin pour 1 volume de boues) afin de garantir un volume lacunaire de 30 %, indispensable à la circulation de l'air. Surtout, la phase critique de fermentation (21 jours) s'effectue sur une dalle bétonnée étanche équipée de drains et sous un bâtiment fermé en dépression avec ventilation forcée.
Même avec une telle débauche de technologies, l'expérience d'Ensuès-la-Redonne, comme celles de Lançon-de-Provence ou de Châteaurenard, montre que la gestion des odeurs lors de la maturation extérieure en grands andains (10m x 5m x 4m) reste un défi physico-chimique complexe et difficile pour le voisinage.
Alors, comment tolérer que sur la plateforme d'un hectare qu'elle a créée au Jas de la Maure, la SAUR continue d'opérer de manière aussi rudimentaire, à l'air libre, sans bâtiment de confinement et au mépris des chocs climatiques actuels ? Les débordements récurrents de lixiviats vers les propriétés situées à l'ouest prouvent le sous-dimensionnement ou l'obsolescence des infrastructures de rétention face aux réalités du dérèglement climatique.
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Le calendrier du Préfet : Prochaine échéance au 31 octobre 2026
Face à la pression populaire et à l'inspection de la DREAL du 26 janvier 2026, le Préfet du Var a signé un arrêté de prescriptions complémentaires le 20 avril 2026. Cet acte juridique impose à la SAUR un calendrier de travaux strict.
La date clé approche à grands pas : le 31 octobre 2026. D'ici là, l'exploitant doit avoir agrandi et étanchéifié ses structures de rétention des lixiviats avant les pluies d'automne. Les riverains et le collectif doivent observer minutieusement les abords ouest du site : y a-t-il des engins de terrassement ? Les fossés en contrebas sont-ils propres ?
Quelle stratégie pour la suite ?
L'État sait imposer la transparence lorsque la pression citoyenne est forte. Par le passé, la DRIRE avait mis en place des Commissions Locales d’Information et de Surveillance (CLIS) pour suivre les sites industriels sensibles de la région (comme Balançan ou Bagnols-en-Forêt).
Forts de la lettre du maire du 3 juillet et de la motion de la CCPF, le collectif et les habitants doivent exiger du Préfet la création immédiate d'une Commission Suivie de Site (CSS) dédiée au Jas de la Maure. C’est le seul outil institutionnel qui contraindra les ingénieurs de la SAUR à s'asseoir mensuellement à la même table que les élus et les riverains pour présenter leurs rapports d'auto-surveillance des eaux et des sols.
Le Pays de Fayence a prouvé par le passé qu’il savait se mobiliser pour défendre son environnement exceptionnel. Aujourd'hui, le droit, la technique et la politique sont du même côté : celui des habitants. À la SAUR d'assumer ses choix industriels et d'en payer la mise aux normes matérielles absolues.
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